Les championnes du monde en titre sont considérées comme étant favorites à leur propre succession cet été durant la Coupe du monde féminine. Les USA pourraient même survoler cette compétition grace à leur qualités offensives imparables, mais ce qui pourrait leur faire défaut, est bel et bien la défense.

“Le football féminin est un sport qui se joue à 11 contre 11, et à la fin c’est les Etats-Unis qui gagnent.” Voilà comment Gary Lineker aurait pu modifier sa célèbre citation aujourd’hui. C’est un fait, à chaque tournoi qu’elles entreprennent, les Américainnes sont automatiquement nommées comme ultra-favorites pour atteindre la plus haute marche du podium. L’USWNT est peut-être la sélection la plus redoutée du football féminin, et celà est surement un avi partagé par la Thailande, le Chili et la Suède. Mais ce que ses adversaires du groupe F devraient avoir en tête, c’est que tout champion a un point faible. Et celui des Etats-Unis pourrait être sa défense.

Dès qu’elle est face à une équipe dynamique et réaliste, la sélection américaine laisse immédiatement la porte ouverte aux attaques adversaires : 3 buts encaissés contre la France, 2 contre le Japon, 2 contre l’Angleterre et 3 contre l’Australie. Depuis le début de l’année 2019, les USA ont peut-être inscrit un total de 26 buts en seulement 9 rencontres (dont 6 victoires), mais c’était parfois pour parvenir à compenser ses erreurs défensives.

D’où vient le problème ?

L’objectif de la sélectionneuse des USA, Jill Ellis, est clairement orienté sur l’offensive, et c’est le point qui rend cette sélection redoutable. Pour elle, la meilleure défense, c’est l’attaque. La preuve, dans la plupart des derniers matchs de préparations à la Coupe du monde, elle a opté pour un 4-3-3, avec notamment Kelley O’Hara et Crystal Dunn dans les couloirs de la défense (cf. image ci-dessous). La particularité de ces deux joueuses c’est qu’elles ont débuté leur carrières en tant que buteuses (Dunn évolue d’ailleurs toujours au poste d’attaquante en club toute la saison chez les North Carolina Courage). Elles sont pourtant systématiquement repositionnées en défense lattérale par Jill Ellis, dans le but d’apporter du soutien et de dynamiser son attaque. C’est le genre de joueuses qu’on retrouve souvent dans le camp adversaire, distribuant des passes dans la surface de réparation.

Le 11 de départ américain des 4 derniers matchs (source : instagram @uswnt)

C’est malheuresement cette vision très offensive qui pose un problème majeur dans la garde américaine. Certaines joueuses ont parfois du mal à revenir en cas de contre-attaques, d’autant plus face à des équipes rapides et efficaces comme l’Angleterre ou la France. A titre d’exemple, contre l’Australie (match amical, le 4 avril dernier), les Etats-Unis ont du marquer 5 buts pour compenser les trois encaissés (victoire finale : 5-3). Le repositionnement parfois maladroit par Jill Ellis de certaines de ses joueuses est clairement en cause sur le premier but des Matildas. Sonnett, habituellement titulaire dans l’axe, a été replacée dans le couloir pour pallier l’absence de O’Hara, qui souffre souvent de petits pépins physiques. On la voit, à juste titre, avoir le réflexe de repiquer dans l’axe au moment de l’attaque de Lisa De Vanna, qui seule sur son côté gauche, parvient à avancer tranquilement dans la surface pour égaliser (1-1, cf. vidéo ci-dessous).

Repositionner des défenseures axiales sur les couloirs est une solution beaucoup trop bancale qui pourrait faire mal aux championnes du monde en titre en cas de blessure de O’Hara ou Dunn durant la compétition. Dans les 23 séléctionnées pour faire le déplacement en France cet été, la seule remplaçante potentielle de O’Hara à droite est Ali Krieger (comme celà a été le cas en amical face à la Belgique, cf. photo d’en haut). Titulaire en club, la défenseure des Orlando Pride a été absente pendant près de deux ans en équipe nationale et n’a plus disputé la moindre compétition internationale sous les couleurs des USA depuis la Coupe du monde 2015. A 34 ans, Krieger fait partie de ces choix surprises auxquelles personne ne s’attendait vraiment (comme Allie Long ou Morgan Brian), sélectionnée par Jill Ellis pour son expérience et son impact dans le groupe. Une joueuse comme Casey Short, pépite de la défense des Chicago Red Stars, aurait pu apporter beaucoup à ce côté droit si Jill Ellis lui avait donné sa chance. Quant à l’autre couloir, Tierna Davidson, 20 ans, est non seulement la plus jeune joueuse de l’équipe et participe à sa première Coupe du monde, mais c’est aussi elle la remplaçante directe de Dunn sur le côté gauche de la défense.

Derrière, aucune des trois gardiennes de but n’a vraiment convaincue durant les matchs de préparations et la She Believes Cup. Naeher, Harris et Franch sont bien loin des “cleen sheets” de la légendaire Hope Solo. Ironiquement, c’était justement la défense américaine qui avait été l’une des clés de sa domination durant la la dernière Coupe du monde. La sélection “red, white and blue” a enchainé 540 minutes sans prendre le moindre but (depuis son deuxième match de poule jusqu’à la 27ème minute de la finale) et n’en a encaissé que 3 au total pendant tout le Mondial canadien. Des chiffres qui risquent de ne pas être les mêmes en France.